samedi 13 août 2011

Troublante Planète des Singes... à voir absolument!

"La Planète des Singes: Les Origines" ("Rise of the Planet of the Apes"): voilà bien un film qui prouve que "blockbuster" n'est pas automatiquement synonyme de "daube". Au contraire, c'est une oeuvre d'une fine intelligence.

La version de Rupert Wyatt se propose, comme son intitulé l'indique, d'expliquer les débuts de ce qui a amené à la dictature des singes qui règne dans l'opus de Franklin J. Schaffner, sorti en 1968.

Tout repose sur le personnage de César (magnifiquement servi par Andy Serkis), un chimpanzé dont l'intelligence a été boostée par une molécule, dans le cadre d'une recherche de traitement contre la maladie d'Alzheimer.

Elevé par une famille humaine, César se croit d'abord humain. Puis, en grandissant, et à mesure que son intelligence se développe, il se rend compte que ce n'est pas le cas. Il n'est pas humain. Et qu'est-il donc? Juste un animal domestique? Un singe? Il n'a jamais eu aucun contact avec ses congénères.

La quête et la découverte de son identité se doublent d'un autre constat: les humains considèrent son espèce comme inférieure, et la traitent comme telle. Sentiment de trahison, tristesse, désillusion, colère. César entre en rébellion, en révolte. Mène la révolution.

"La Planète des Singes: Les Origines" n'est pas à proprement parler une préquelle. Il ne montre pas comment, ni pourquoi, les singes en arrivent à dominer le monde. Il décrit juste un commencement (cela suppose-t-il une suite?). Le but de César n'est à aucun instant de prendre le pouvoir: ce qu'il revendique, c'est la liberté pour son espèce, et une égalité de droits avec l'espèce humaine.

Tant de thèmes qui s'entremêlent, comme toujours dans l'air du temps: l'aspect "apprenti sorcier" de la recherche génétique. Le positionnement de l'Homme par rapport à l'évolution, la nature et aux autres espèces. Son arrogance, qui le fait courir à sa perte. La quête d'identité. Le droit à la différence. Le droit à l'égalité.

C'est un film fort. Avec des moments particulièrement troublants, perturbants: ceux où la frontière entre l'animalité et l'humanité perd son apparente radicalité, se fait floue, spongieuse. Impossible de ne pas se sentir interpellé. L'Homme n'aime pas qu'on lui rappelle qu'il est et reste un animal, que son statut d'espèce "supérieure" n'est pas inscrit en lettres intouchables dans la cosmogonie, qu'il suffit d'un mouvement de l'évolution pour qu'il passe la main. L'Homme n'aime pas qu'on le remette à sa place.

Pour tout cela, "La Planète des Singes: Les Origines" vaut la peine d'être vu.

Trois PS:

1°: en réponse aux esprits chagrins qui déplorent que le scénario pêche en seconde partie par "manque de réalisme". C'est vrai. Mais c'est du cinéma. Pas du documentaire.

2°: ne pas se laisser tromper par la bande-annonce, qui met en avant le côté "film d'action". L'essentiel est ailleurs.

3°: incontournable: "La Planète des Singes" ("Planet of the Apes"), Franklin J. Schaffner, 1968. Avec Charlton Heston dans le rôle du capitaine George Taylor.



jeudi 4 août 2011

Bon ou non pour la santé, avoir un animal domestique rend gâteux


Rebondissant sur ma publication d'hier: je ne sais pas si avoir un animal domestique est bon ou non pour la santé. Ce qui est sûr en revanche, c'est que ça rend gâteux.

Ayant déjà eu un chat il y a de nombreuses années, je le savais. Mais j'avais oublié combien. J'ai eu tout loisir, ces dernières semaines, de me le rappeler.

A la mi-juin, j'ai adopté un chaton âgé de deux mois. Sur des conseils avisés, je l'ai baptisé Kalash. Avec sa tendance à partir en rafales en toute occasion, c'est parfaitement approprié.

Au début, j'étais très radicale avec moi-même: j'accueille un chat parce que c'est un animal indépendant, contrairement par exemple à un chien. Cela me fait plaisir, je vais bien prendre soin de lui, nous passerons des moments agréables. Mais je ne m'impliquerai pas plus que ça.

Un mois et demi plus tard, résultat des courses: non seulement je bêtifie en permanence, mais de plus j'ai développé tous les symptômes d'une mère couveuse.

Au point que la nuit dernière, j'ai fait un horrible cauchemar. J'ai rêvé qu'un énorme et affreux crocodile tentait de bouffer mon Kalash et que je devais me battre pour le sauver. J'ai sorti les crocs et n'ai pas hésité à recourir aux moyens ultimes, massacrant cette saleté de bestiole à coups de hache. Une scène digne des films les plus gore.

(Sic. Je laisse cela à l'interprétation d'éventuels psychiatres.)

Conclusion: je suis gravement gâteuse.

Mais on s'en fout et on aime ça, hein?, mon Kalash, mon Kukushima-chat-scheugueuleu-bouboulinou...

(Sic. Idem.)

mercredi 3 août 2011

Non, l'objectivité des médias n'existe pas

Avoir un animal domestique, c'est bon pour la santé psychique et physique. Qui n'a jamais lu un article allant dans ce sens?

Or, selon une étude publiée dans le numéro d'août de Current Directions in Psychological Science par Howard Herzog, professeur en psychologie à l'Université Western Carolina aux Etats-Unis, c'est loin d'être évident.

Selon lui, il y a autant d'études qui déclarent qu'avoir un animal à ses côtés est positif que d'autres qui affirment le contraire ou avancent que l'effet est nul. La différence résidant dans le fait que les premières font les gros titres médiatiques, alors que les secondes sont passées sous silence.

Pourquoi nous autres journalistes mettons-nous en évidence une étude qui prouve que caresser son chat/chien diminue considérablement le stress, alors que nous opérons un blackout concernant celle qui démontre que les possesseurs d'animaux risquent plus la crise cardiaque? Voilà une question qui mériterait d'être creusée.

Ce que je constate à l'occasion, une fois de plus, une fois encore, c'est que l'objectivité en matière journalistique est un mythe.

Et un tabou. J'avais à l'époque de mon stage provoqué un tollé en exposant ce qui précède. Aujourd'hui je persiste et signe: quelle que soit la forme qu'il endosse, y compris en travail d'agence, le journalisme a toujours été, est et restera d'opinion.

Je trouve très dommage que la profession ne l'assume pas ouvertement. Parce qu'en persistant à ne pas dire son nom pour maintenir je ne sais quelle illusion politiquement correcte, en persistant à se présenter sous les attributs de l'objectivité, elle perd de plus en plus en crédibilité.

mardi 2 août 2011

Jeux vidéo violents: quand le sophisme prend les apparences de la logique

En Norvège, certains jeux vidéo violents prisés et utilisés dans ses préparatifs de tuerie par Anders Behring Breivik ont été retirés de la vente. Jusqu'à nouvel ordre.

Le bannissement concerne une cinquantaine de produits - dont différentes versions de "World of Warcraft" et de "Call of Duty - Modern Warfare".

Coop Norge, la principale coopérative de magasins du pays, a expliqué avoir pris sa décision "par respect" pour les proches des 77 victimes. Pour éviter qu'ils ne se retrouvent nez à nez avec des jeux vidéo violents en allant faire leurs courses.

Il n'empêche qu'à chaque fois qu'un tueur fou sévit quelque part, on en revient au même débat: faut-il interdire les jeux vidéo violents?

Le questionnement part du principe que ce type de jeux pourraient pousser certaines personnes au passage à l'acte. Un principe qui, dans quelques cas, n'est peut-être pas dépourvu de pertinence. Sa généralisation, en revanche, est problématique.

Exprimé autrement, les partisans de l'interdiction posent ce qui ressemble fort à un syllogisme:

Anders Behring Breivik est un adepte de jeux vidéo violents
Anders Behring Breivik est un criminel
Donc les adeptes de jeux vidéo violents sont des criminels

Bien loin d'un syllogisme basé sur la logique, il s'agit en réalité d'un sophisme, dans le sens rhétorique du terme, fondé sur des rapprochements excessifs et une simplification excessive de la causalité.

Un raisonnement fallacieux dont le but n'est pas d'entrer en questionnement, mais bien de prendre l'avantage et d'imposer son point de vue en le présentant comme un argumentaire sérieux et solide.

Pour en démonter les mécanismes, il suffit de pousser l'exemple à son extrême absurde:

Mon oncle Gaston est alcoolique
Mon oncle Gaston, bébé, a été nourri au lait maternel
Donc il faut interdire le lait maternel

Les tenants de l'interdiction des jeux vidéo violents ne sont pas dans le questionnement, ne proposent aucun débat. Comme tous les fondamentalistes, convaincus de la véracité de l'opinion qu'ils veulent faire passer à tout prix, ils sont dans la (tentative de) manipulation et la malhonnêteté.

dimanche 31 juillet 2011

Fier d'être Suisse (?)

Dans le contexte du 1er Août demain, je lance un appel à toute personne de bonne volonté: est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qu'est le "sentiment de fierté nationale" - ce qu'il signifie et ce qu'il recouvre?

Voilà bien quelque chose que je ne comprends pas. Je ne suis pas "fière d'être Suisse", à mes yeux cela ne veut rien dire. Attention aux conclusions hâtives: je n'ai pas non plus "honte d'être Suisse", ce qui pour moi ne veut rien dire non plus.

J'aime mon pays, avec ses qualités et ses défauts. J'aime y vivre et ne souhaiterais pas partir ailleurs. Mais de là à clamer que je suis "fière de ma nationalité", il y a un pas, énorme, que je ne franchis pas.

Peut-être dans le fond que ce qui me dépasse est la notion d'"identité nationale". Tentant de mettre cela noir sur blanc:

Je suis née en Suisse un jour d'avril 1967. Certes. Phénomène par hasard lié aux pérégrinations de mes ancêtres jusqu'à la Xème génération. A tout prendre, j'aurais aussi pu naître au Kamtchatka. Ou alors, sans chercher aussi loin, il aurait suffi de quelques centimètres de frontière pour que je sois Italienne, Française, Allemande, Autrichienne, Liechtensteinoise.

En réalité, cette notion d'"identité nationale", je la trouve mensongère, malhonnête. Parce qu'elle présente la Suisse (pas seulement, c'est clair, mais là je parle de chez nous) comme un Etat pour ainsi dire de fait, existant depuis la nuit des temps et destiné à se perpétuer tel quel jusqu'à la fin des temps. Or il suffit d'un coup d'oeil historique pour se rendre compte que c'est une immense foutaise.

C'est rassurant, sans aucun doute, de se sentir faire partie d'un quartier, d'une commune, d'une ville, d'un canton, d'un pays, d'un bloc communautaire. Rassurant de se positionner par rapport à autrui. Sauf que cela conduit souvent à se positionner contre. A niveler par le bas.

Au-delà de son absurdité fondamentale, de son mensonge et de sa malhonnêteté, l'"identité nationale" pourrait ne pas être mauvaise en soi si elle amenait quelque chose à l'évolution humaine. Mais force est de constater qu'elle a servi et sert régulièrement à pallier un manque d'identité personnelle, d'identité profonde. Et donc à enfoncer l'Humanité dans un de ses nombreux travers.

Pour tout ce que je viens de noter: je suis Suisse, j'aime la Suisse. Mais je ne souscris pas à la "fierté d'être Suisse."

samedi 30 juillet 2011

De la fiabilité des sondages et de leur utilisation

C'est la mode des sondages à tout va. Sur tous les sujets et à toutes les sauces. Un d'entre eux, publié et relayé dernièrement, m'a poussée à quelques questionnements.

Lundi 1er août, c'est l'anniversaire de la naissance de la Suisse. L'institut DemoScope n'a pas manqué le coche et a mené du 11 au 13 juillet un sondage téléphonique auprès de la population helvétique pour connaître la place que celle-ci donne à la fête nationale. Résultat: 80% la considèrent "importante".

Quelle fiabilité?

Pour effectuer ce sondage, DemoScope a interrogé 505 personnes âgées de plus de 15 ans en Suisse alémanique et romande.

Or on considère qu'un sondage ne saurait être représentatif, vu la marge d'erreur, à moins de 600 personnes.

Et, que je sache, la Suisse ne se résume pas à l'alémanique et la romande.

Participant régulièrement à des enquêtes d'instituts comme DemoScope ou Link - précisément parce que c'est un thème qui m'interpelle et pour essayer de comprendre la démarche - j'imagine sans peine les questions dudit sondage.

"Pour vous, le 1er Août c'est: pas du tout important, assez important, plutôt important, important, très important. Autre. Ne sais pas."

On ne tient pas du tout compte du "pourquoi", paramètre essentiel. On peut très bien, par exemple, penser le 1er Août très important parce que c'est un jour férié, et que l'on adore les saucisses et les feux d'artifice.

Quelle utilisation?

Bon nombre de médias helvétiques ont repris tel quel l'article des agences, titrant: "Pour 80% des Suisses, le 1er Août est important."

A lire le détail, c'est un peu plus subtil que ça. Il ne s'agit pas uniquement des Suisses, mais de la population suisse dans sa globalité.

Et cette phrase, passée totalement inaperçue: "Le sondage note que le 1er Août est plus important pour les étrangers vivant en Suisse que pour les citoyens helvétiques." Voilà qui aurait mérité développement.

Ainsi, en conclusion, non seulement les sondages ne sont pas équivalents à des preuves, mais une forme de recul dans leur traitement serait salutaire.

vendredi 29 juillet 2011

Carnage en Norvège, à qui la faute?

Anders Behring Breivik est un psychopathe. Mais il n'est pas fou dans le sens psychiatrique du terme, qui lui ôterait pénalement la responsabilité des actes qu'il a si minutieusement préparés.

Là-dessus tout le monde s'accorde - enfin, plus ou moins, ce n'est pas totalement exact. Mais comme ce blog est d'opinion et n'a pas la prétention d'être objectif, je m'autorise certains raccourcis ouvertement assumés.

Une fois posée la responsabilité factuelle d'ABB, c'est la foire d'empoigne pour cibler une responsabilité ultime. Une responsabilité originelle pour tenter de donner un sens à l'insensé. Et aussi pour refiler la patate chaude hors de soi, afin de se rassurer. Ce monstre (le terme est significatif) n'a rien d'humain, il n'a rien de commun avec moi. Et je peux le prouver, parce que la faute à *** !

Selon les points de vue (experts et lambdas): "à la droite", "à l'extrême droite", "à la gauche", "à l'extrême gauche", "au centre", "à l'accès trop facilité aux armes", "à l'accès trop restreint aux armes", "à la religion", "à l'athéisme", "aux médias", "à la société actuelle" (valable pour tous les points précédents). Etc, dans les largeurs. Autant de théories subjectives qui se présentent comme des analyses objectives.

Alors, à mon avis, à qui la faute?

Factuellement sans hésitation à Breivik.

Originellement ? Bah, à un gros mixage de tout cela. Et à Breivik encore.

Plus la certitude, comme déjà dit ailleurs, que ce n'est pas nouveau. Que l'Humanité n'évolue pas. Et que cela ne changera jamais.

jeudi 28 juillet 2011

Vous avez dit espèce supérieure?

Souvenirs d'adolescence:

Moi: "Je n'aurai jamais d'enfants!"

Mon père: "Si tout le monde pensait comme toi, ce serait la fin de l'Humanité!"

Moi: "Je m'en fous complètement!"

C'est toujours valable - encore qu'exprimé en d'autres termes qu'à l'époque.

Si l'espèce humaine doit disparaître, elle disparaîtra. Si elle doit se perpétuer, elle se perpétuera. Dans l'un comme dans l'autre cas, ce n'est pas une question qui me turlupine. Et dans l'un comme dans l'autre cas, l'Univers ne s'en portera ni mieux ni plus mal.

Paramètre que nous avons tendance à oublier dans notre anthropocentrisme forcené. Fut un temps où l'on croyait dur comme fer que le Soleil tournait autour de la Terre. Cette croyance-là a été démantelée. Et remplacée par une nouvelle. Celle de se persuader que tout tourne autour de l'existence de notre espèce.

Continuera? Continuera pas? Bien malin qui saurait le dire.

Tout au plus peut-on avancer que nous n'allons pas exactement dans la direction d'une perpétuation.

Un exemple parmi d'autres, l'extinction des tigres de Sumatra due à la déforestation intensive (vidéo Greenpeace):

mercredi 27 juillet 2011

C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe quoi

Nom: Donna Simpson. Pays: Etats-Unis. Age: 44 ans. Objectif: décrocher le titre de femme la plus grosse du monde.

La challenger a encore du pain (avec beurre de cacahuète) sur la planche avant de pouvoir déloger la tenante du titre inscrite dans le Guinness Book des records. Pour l'heure la maigrelette ne pèse en effet que 320 kilos. Mais elle est bien déterminée à atteindre la demi-tonne, afin de détrôner la reine actuelle, qui affiche le coquet poids de 460 kilos.

La faim (sic) justifie les moyens. Caloriques d'abord. Le régime est draconien et pas question de faire relâche, la discipline reste le maître-mot.

Au menu quotidien: quatre hamburgers avec des frites, un kilo de pain avec du beurre de cacahuète et de la confiture, quatre portions de viande froide et de pommes de terre, une grande pizza, un cake au chocolat avec de la glace et de la crème, une douzaine de petits gâteaux, deux gâteaux au fromage et des boissons sucrées. Et surtout, surtout, un minimum de déplacements, histoire de ne pas griller bêtement ces calories chèrement gagnées.

Moyens financiers ensuite: se gaver comme une oie coûte bonbon, jusqu'à 700 dollars par semaine.

Heureusement pour Donna, il y a le net et ses innombrables avides de n'importe quoi. Contre abonnement, ils peuvent suivre en direct les progrès de la championne, via vidéos de repas et galeries photos. Les affaires roulent: avec 7000 fans, sa big entreprise ne connaît pas la crise et lui rapporte jusqu'à 90'000 dollars par année.

D'après des sources que je n'ai malheureusement pas pu vérifier, la grande majorité des suiveurs sont localisés dans la Corne de l'Afrique.

Mais si, vous savez bien: cette région du monde où la famine menace de mort 1,2 million de personnes.

Pour le dessert:



Et si vous n'êtes pas encore rassasiés: le site de Donna Simpson

lundi 25 juillet 2011

Tout fout l'camp

Autre actu incontournable ces derniers jours: le carnage, minutieusement préparé, commis en Norvège par Anders Behring Breivik. Je ne reviendrai ni sur les actes, ni sur les motivations délirantes (pour ceux que cela intéresse, se référer au manifeste "2083" de 1500 pages qu'il a publié sur le net et que l'on trouve sur tous les sites dans toutes les langues).

Je me suis plutôt attachée à décrypter les réactions que ça a provoqué. Dont celle-ci, lue sur Facebook: "Le monde est en train de devenir fou! Les valeurs ne sont plus respectées! La faim, les guerres, la misère, le chômage, le fossé entre les riches et les pauvres ont dépassé toutes les limites!"

Bon. Je me suis sentie partagée, comment dire..., entre une perplexité agacée et un agacement perplexe. Ce manque de vision globale et de perspective historique me soufflent.

Pour peu que l'on s'accorde le temps de regarder derrière soi, le monde n'est pas "en train de devenir fou". Le monde a toujours été fou, depuis que le monde est monde, justement.

Il semblerait que certaines personnes digèrent mal le flux permanent d'informations. Malgré ce que je viens d'écrire, je peux les comprendre. C'est bien connu, les médias ont tendance à ne parler que des trains qui n'arrivent pas à l'heure (je me sens d'autant plus autorisée à le noter que je suis journaliste), alors se ramasser au quotidien des wagons de mauvaises nouvelles en provenance des quatre coins de la planète, ça peut laisser des traces si on garde la tête dans le guidon. D'où la nécessité de prendre une salutaire distance. Ou alors d'arrêter de suivre assidûment les news.

Je me plais parfois à imaginer ce qu'aurait pu être l'actualité présentée à la mode de maintenant il y a 50, 100, 200 ans, etc. Avec en conséquence un monde aussi fou que celui d'aujourd'hui!

Tout fout l'camp ? Oui, mais c'est loin d'être un scoop.

dimanche 24 juillet 2011

Rehab

The Wine House is closed

Amy Winehouse est morte.

Ce n'est bien sûr plus une nouveauté à l'heure où j'écris. Tout a été dit et redit sur le sujet, en long en large et en carré.

Une chose m'interpelle néanmoins (ce n'est pas délimité à AW, il y a eu des précédents, ça se reproduira encore): cette avalanche de gens qui se disent "très tristes", voire qui, un jour après, "ne parviennent toujours pas à réaliser".

J'avoue que je comprends pas. Evidemment qu'en soi la mort de cette chanteuse de 27 ans est une triste chose. Mais de là à s'impliquer tripalement jusqu'à se rendre mal, ça me dépasse.

On pourrait me rétorquer qu'il s'agit d'une belle empathie envers autrui. Ah oui ? Je ne me rappelle pas avoir lu autant de commentaires éplorés pour les enfants qui crèvent (littéralement) de faim dans la Corne de l'Afrique.

Ou alors une empathie identificatoire pour une jeune femme qui s'était faite l'étendard du "mal-être de notre société, dans laquelle il est si difficile de trouver un sens à sa vie"? (entre guillemets parce que je ne partage pas entièrement cette notion, mais c'est un autre débat...) Peut-être. Sauf qu'il y en a tant d'autres de torturés du quotidien, polytoxicomanes de tout bois qui se font mourir et meurent jour après jour. Et la plupart des gens s'en foutent. Pire, ils dérangent. On veut bien compatir pour une Amy Winehouse à distance. Mais des drogués dans nos quartiers, certainement pas !

Certes, mais elle, c'était une droguée talentueuse! Et qu'est-ce que ça change? Une toxico de talent a plus droit par essence à de la compassion qu'un toxico basique?

Non seulement je ne comprends pas ce déferlement exacerbé, mais de plus je le trouve déplacé, à côté de la plaque.

Dans un de ses titres les plus célèbres, "Rehab" (i.e. rehabilitation, cure de désintoxication), elle chante:

"They tried to make me go to rehab, but I said 'no, no, no'" - "Ils ont essayé de m'envoyer en cure de désintoxication, mais j'ai dit 'non, non, non'".

De là à penser que sa mort est un suicide, il n'y a qu'un pas que je franchis.

Un suicide, contrairement à la croyance ambiante, n'est pas un acte de lâcheté. C'est à l'inverse l'acte ultime d'une personne qui tient à conserver la seule chose qui lui reste quand tout s'est effondré: sa dignité humaine.

A partir de là, s'épancher sur sa propre tristesse déguisée en empathie n'est rien de mieux qu'une exagération coupée des réalités et qu'un égoïsme autocentré, qui dépouillent la personne qui a fait ce choix de sa dernière dignité.

C'est aussi pour cela, et surtout, qu'on peut en rire sans manquer de respect. Plagiant un post sur Facebook:

The Wine House is closed. Gone drinking.

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Blogger, le retour.

Après deux ans de "pause", j'ai envie de revenir. Pourquoi?

Jusqu'en 2008 j'ai tenu et régulièrement alimenté un blog sur ce même support. Puis est arrivé Facebook. Comme beaucoup de monde, je me suis lancée tête baissée dans le réseau social imaginé par Mark Zuckerberg. Totalement. Certains déploraient à l'époque le fait que FB risque de marquer la disparition des blogs. A juste titre en ce qui concerne le mien: je l'ai progressivement délaissé, jusqu'à ce qu'il meure d'inanition.

Pourquoi j'ai envie d'y revenir aujourd'hui? Et pourquoi un nouveau blog?

En réponse à la première question: je continuerai à fréquenter Facebook, dont j'apprécie l'immédiateté (le must en la matière étant Twitter), le court terme, le survol ici et maintenant. Ce qui me manque, c'est la possibilité d'approfondir, de prendre du recul, d'avoir une vision globale. Evidemment que l'on peut écrire des "articles" sur FB, mais comme ce n'est pas la fonction principale de ce support, la majorité des utilisateurs ne s'en servent pas, et ne s'intéressent pas à ceux qui le font. D'où mon souhait de me recréer un espace personnel, où je peux développer comme bon me semble.

En réponse à la seconde question: je ne reprends pas mon ancien blog parce que depuis 2008 j'ai évolué, je ne suis plus la même. Parce que le nouveau correspond plus à mon actualité. "Journal CQFD", cela veut bien dire ce que ça veut dire. Mon opinion à démontrer, au jour le jour.

J'ai beaucoup hésité quant à l'image de fond. J'ai choisi cette photo de rivière parce qu'elle colle à mon ressenti. D'un côté l'eau coule sans cesse sous les ponts, la permanence est une illusion. D'un autre côté les pierres colorées que l'on pose au flux aquatique, les valeurs intangibles auxquelles on croit et tient. Complémentarité.

Heureuse d'être de retour.

A suivre.