"La Planète des Singes: Les Origines" ("Rise of the Planet of the Apes"): voilà bien un film qui prouve que "blockbuster" n'est pas automatiquement synonyme de "daube". Au contraire, c'est une oeuvre d'une fine intelligence.
La version de Rupert Wyatt se propose, comme son intitulé l'indique, d'expliquer les débuts de ce qui a amené à la dictature des singes qui règne dans l'opus de Franklin J. Schaffner, sorti en 1968.
Tout repose sur le personnage de César (magnifiquement servi par Andy Serkis), un chimpanzé dont l'intelligence a été boostée par une molécule, dans le cadre d'une recherche de traitement contre la maladie d'Alzheimer.
Elevé par une famille humaine, César se croit d'abord humain. Puis, en grandissant, et à mesure que son intelligence se développe, il se rend compte que ce n'est pas le cas. Il n'est pas humain. Et qu'est-il donc? Juste un animal domestique? Un singe? Il n'a jamais eu aucun contact avec ses congénères.
La quête et la découverte de son identité se doublent d'un autre constat: les humains considèrent son espèce comme inférieure, et la traitent comme telle. Sentiment de trahison, tristesse, désillusion, colère. César entre en rébellion, en révolte. Mène la révolution.
"La Planète des Singes: Les Origines" n'est pas à proprement parler une préquelle. Il ne montre pas comment, ni pourquoi, les singes en arrivent à dominer le monde. Il décrit juste un commencement (cela suppose-t-il une suite?). Le but de César n'est à aucun instant de prendre le pouvoir: ce qu'il revendique, c'est la liberté pour son espèce, et une égalité de droits avec l'espèce humaine.
Tant de thèmes qui s'entremêlent, comme toujours dans l'air du temps: l'aspect "apprenti sorcier" de la recherche génétique. Le positionnement de l'Homme par rapport à l'évolution, la nature et aux autres espèces. Son arrogance, qui le fait courir à sa perte. La quête d'identité. Le droit à la différence. Le droit à l'égalité.
C'est un film fort. Avec des moments particulièrement troublants, perturbants: ceux où la frontière entre l'animalité et l'humanité perd son apparente radicalité, se fait floue, spongieuse. Impossible de ne pas se sentir interpellé. L'Homme n'aime pas qu'on lui rappelle qu'il est et reste un animal, que son statut d'espèce "supérieure" n'est pas inscrit en lettres intouchables dans la cosmogonie, qu'il suffit d'un mouvement de l'évolution pour qu'il passe la main. L'Homme n'aime pas qu'on le remette à sa place.
Pour tout cela, "La Planète des Singes: Les Origines" vaut la peine d'être vu.
Trois PS:
1°: en réponse aux esprits chagrins qui déplorent que le scénario pêche en seconde partie par "manque de réalisme". C'est vrai. Mais c'est du cinéma. Pas du documentaire.
2°: ne pas se laisser tromper par la bande-annonce, qui met en avant le côté "film d'action". L'essentiel est ailleurs.
3°: incontournable: "La Planète des Singes" ("Planet of the Apes"), Franklin J. Schaffner, 1968. Avec Charlton Heston dans le rôle du capitaine George Taylor.