dimanche 11 septembre 2011

"Habemus Papam": tendresse, humanisme, justesse et intelligence

Synopsis du dernier film de l'Italien Nanni Moretti: le cardinal Melville (Michel Piccoli), à peine élu pape, perd complètement les pédales. Au moment de se présenter au balcon, au milliard de fidèles qui l'attendent, il hurle: "Aidez-moi, je n'y arriverai jamais!" et s'enfuit. Le Vatican, face à l'inimaginable catastrophe d'un pape dépressif qui refuse d'endosser sa nouvelle fonction, se résout à faire appel à l'ennemi, la psychanalyse, via un ponte (Nanni Moretti) dans ce domaine. Suite à une brève rencontre entre sa Sainteté et le psychanalyste, qui tourne court, le pape fugue.

On rit beaucoup dans cette comédie satirique. La confrontation entre la religion et la psychanalyse (une autre forme de religion), entre la croyance en la foi et la croyance en le darwinisme, donne lieu à des scènes rocambolesques, mêlant grotesque et absurde. Moretti n'épargne personne de ses pointes, les médias et les politiques en prennent aussi pour leur grade.

Cette légèreté assumée fait ressortir avec encore plus de force le véritable thème du film: la perte généralisée du sens et des repères. Une angoisse incarnée par ce pape en perdition, à laquelle les dogmes figés de la foi en la religion et en la science n'apportent non seulement aucune réponse définitive, mais plus non plus de remède apaisant.

Michel Piccoli, par son sublime jeu tout en subtilité, sert à merveille cet humanisme inquiet. Impossible de ne pas se sentir touché, remué, bouleversé en profondeur par son questionnement à la fois tendre et agressif.

Au final, Moretti n'amène pas de solution à l'absence de sens. Il propose toutefois une piste pour vivre avec: le jeu, dans une acceptation très large du terme. Un ludique qui permet, peut-être, de réconcilier prise de conscience et existence.

On ne ressort pas indemne de "Habemus Papam". Mais sa justesse et son intelligence en font précisément un film incontournable.