Amy Winehouse est morte.
Ce n'est bien sûr plus une nouveauté à l'heure où j'écris. Tout a été dit et redit sur le sujet, en long en large et en carré.
Une chose m'interpelle néanmoins (ce n'est pas délimité à AW, il y a eu des précédents, ça se reproduira encore): cette avalanche de gens qui se disent "très tristes", voire qui, un jour après, "ne parviennent toujours pas à réaliser".
J'avoue que je comprends pas. Evidemment qu'en soi la mort de cette chanteuse de 27 ans est une triste chose. Mais de là à s'impliquer tripalement jusqu'à se rendre mal, ça me dépasse.
On pourrait me rétorquer qu'il s'agit d'une belle empathie envers autrui. Ah oui ? Je ne me rappelle pas avoir lu autant de commentaires éplorés pour les enfants qui crèvent (littéralement) de faim dans la Corne de l'Afrique.
Ou alors une empathie identificatoire pour une jeune femme qui s'était faite l'étendard du "mal-être de notre société, dans laquelle il est si difficile de trouver un sens à sa vie"? (entre guillemets parce que je ne partage pas entièrement cette notion, mais c'est un autre débat...) Peut-être. Sauf qu'il y en a tant d'autres de torturés du quotidien, polytoxicomanes de tout bois qui se font mourir et meurent jour après jour. Et la plupart des gens s'en foutent. Pire, ils dérangent. On veut bien compatir pour une Amy Winehouse à distance. Mais des drogués dans nos quartiers, certainement pas !
Certes, mais elle, c'était une droguée talentueuse! Et qu'est-ce que ça change? Une toxico de talent a plus droit par essence à de la compassion qu'un toxico basique?
Non seulement je ne comprends pas ce déferlement exacerbé, mais de plus je le trouve déplacé, à côté de la plaque.
Dans un de ses titres les plus célèbres, "Rehab" (i.e. rehabilitation, cure de désintoxication), elle chante:
"They tried to make me go to rehab, but I said 'no, no, no'" - "Ils ont essayé de m'envoyer en cure de désintoxication, mais j'ai dit 'non, non, non'".
De là à penser que sa mort est un suicide, il n'y a qu'un pas que je franchis.
Un suicide, contrairement à la croyance ambiante, n'est pas un acte de lâcheté. C'est à l'inverse l'acte ultime d'une personne qui tient à conserver la seule chose qui lui reste quand tout s'est effondré: sa dignité humaine.
A partir de là, s'épancher sur sa propre tristesse déguisée en empathie n'est rien de mieux qu'une exagération coupée des réalités et qu'un égoïsme autocentré, qui dépouillent la personne qui a fait ce choix de sa dernière dignité.
C'est aussi pour cela, et surtout, qu'on peut en rire sans manquer de respect. Plagiant un post sur Facebook:
The Wine House is closed. Gone drinking.