lundi 26 septembre 2011

De journaliste à sataniste, sur le web il n'y a qu'un pas!

Au mois de juillet de cette année, j'ai rédigé et publié sur les sites pour lesquels je travaille un article intitulé et présenté comme suit:

"Drame de Beringen: la meurtrière est sataniste

SCHAFFHOUSE / La jeune femme qui a poignardé et tué son père, puis grièvement blessé sa mère dans le canton de Schaffhouse, est sataniste. C'est en tout cas ce qu'elle affirme sur internet.

Myriam Amara / 28.07.2011/14:52

La femme âgée de 21 ans qui a tué son père à coups de couteau, puis grièvement blessé sa mère avec la même arme mardi à Beringen (SH), affirme qu'elle est sataniste sur internet."

Effectuant aujourd'hui une recherche Google pour retrouver mes publications sur le net, quelle n'a pas été ma surprise de découvrir l'article ci-dessus, radicalement transformé, sur un blog des worldwide-christians.france:

"Meurtre sous l'influence de Satan!

SCHAFFHOUSE / La jeune femme qui a poignardé et tué son père, puis grièvement blessé sa mère dans le canton de Schaffhouse, en Suisse, est sataniste.

Son leitmotiv: "On ne doit rien. Sauf mourir."

Myriam Amara, la femme âgée de 21 ans qui a tué son père à coups de couteau, puis grièvement blessé sa mère avec la même arme mardi à Beringen (SH), affirme elle-même qu'elle est sataniste sur internet."

Cela m'a d'abord bien fait rire. Une bourde comme on les aime, à partager sur Facebook (dont acte).

Avec le recul, j'ai un peu moins ri. La perspective de mon nom désormais associé sur internet à un parricide sataniste me semblant tout soudain moyennement comique.

J'ai donc écrit aux auteurs du blog, pour leur signaler l'erreur et leur demander de supprimer l'article. Doutant que cela soit suivi d'effet, et comme de toute manière ce texte restera dans les archives web (à moins que je ne fasse appel à une "agence de nettoyage"), je finirai par lâcher prise et prendre le parti, justement, de bien en rire.

N'empêche que ça me fait réfléchir sur cette image virtuelle de moi que je pensais maîtriser à la perfection.

dimanche 11 septembre 2011

"Habemus Papam": tendresse, humanisme, justesse et intelligence

Synopsis du dernier film de l'Italien Nanni Moretti: le cardinal Melville (Michel Piccoli), à peine élu pape, perd complètement les pédales. Au moment de se présenter au balcon, au milliard de fidèles qui l'attendent, il hurle: "Aidez-moi, je n'y arriverai jamais!" et s'enfuit. Le Vatican, face à l'inimaginable catastrophe d'un pape dépressif qui refuse d'endosser sa nouvelle fonction, se résout à faire appel à l'ennemi, la psychanalyse, via un ponte (Nanni Moretti) dans ce domaine. Suite à une brève rencontre entre sa Sainteté et le psychanalyste, qui tourne court, le pape fugue.

On rit beaucoup dans cette comédie satirique. La confrontation entre la religion et la psychanalyse (une autre forme de religion), entre la croyance en la foi et la croyance en le darwinisme, donne lieu à des scènes rocambolesques, mêlant grotesque et absurde. Moretti n'épargne personne de ses pointes, les médias et les politiques en prennent aussi pour leur grade.

Cette légèreté assumée fait ressortir avec encore plus de force le véritable thème du film: la perte généralisée du sens et des repères. Une angoisse incarnée par ce pape en perdition, à laquelle les dogmes figés de la foi en la religion et en la science n'apportent non seulement aucune réponse définitive, mais plus non plus de remède apaisant.

Michel Piccoli, par son sublime jeu tout en subtilité, sert à merveille cet humanisme inquiet. Impossible de ne pas se sentir touché, remué, bouleversé en profondeur par son questionnement à la fois tendre et agressif.

Au final, Moretti n'amène pas de solution à l'absence de sens. Il propose toutefois une piste pour vivre avec: le jeu, dans une acceptation très large du terme. Un ludique qui permet, peut-être, de réconcilier prise de conscience et existence.

On ne ressort pas indemne de "Habemus Papam". Mais sa justesse et son intelligence en font précisément un film incontournable.

vendredi 26 août 2011

Démission de Steve Jobs - pourquoi et parce que d'une émotion aussi intense

Ses problèmes de santé étaient connus. Pourtant la démission annoncée de Steve Jobs de son poste de directeur général d'Apple a créé une onde de choc mondiale.

Je ne parle pas ici des réactions des marchés, ni de celles des divers et multiples analystes interrogés, mais bien de la vague d'émotion qui a saisi la planète.

Etant donné que je suis la première à déclamer que je ne comprends pas pourquoi/comment on peut s'impliquer d'une manière aussi émotionnellement intense pour quelqu'un que l'on ne connaît pas personnellement (cf. mon post sur Amy Winehouse), j'ai été très surprise de ma propre réaction. Cette nouvelle a littéralement plombé ma journée. Et je me suis sentie, oui, envahie de tristesse.

Du coup j'ai essayé de savoir pourquoi cela m'avait tellement affectée - et m'affecte encore, sans quoi je ne serais pas en train d'écrire à ce sujet.

Parce que Steve Jobs est, selon toute probabilité, gravement atteint dans sa santé, qu'il faut s'attendre désormais à une news comme quoi il est décédé d'une rechute de son cancer? C'est certainement très triste, mais il n'est pas le seul dans ce cas.

Parce que Steve Jobs est un génie, doué d'une vision et d'une créativité hors pair? Bien sûr, mais cela n'explique en rien pourquoi je me sens autant touchée.

Après avoir retourné la question dans tous les sens, je crois avoir compris mon hyper-sensibilité à cette nouvelle.

Mon tout premier "personal computer" a été un Mac - que je possède toujours, je ne me suis jamais résolue à m'en séparer. Tous ceux qui ont suivi aussi. Mes premiers pas sur le net, je les ai faits via Mac. Puis sont arrivés l'iPod, l'iPhone, etc.

Ce qui à mes yeux démarque (sic) ces produits des produits d'autres marques, c'est qu'ils sont intimement liés à un vécu personnel. Un exemple: mon iMac G3, tout rond et de couleur bleue, je me le suis acheté avec l'héritage financier laissé par ma grand-maman adorée. Je me rappelle même avoir demandé à la vendeuse, effarée, s'il contenait un logiciel "outre-tombe", afin que je puisse remercier ma grand-mère.

Ma relation avec Apple n'est pas uniquement une relation commerciale. Tous ces items que j'ai acquis sont autant de bornes signalétiques, dont je me souviens comme si c'était hier.

Du coup, il n'est pas très étonnant que je me sois attachée à Steve Jobs, l'incarnation de la pomme. Pas étonnant non plus que je me sente bouleversée par son retrait. Parce que c'est une page qui se tourne, pour lui comme pour moi.

Pour tout cela, pour ce rôle qu'il a joué dans mon existence, même s'il n'en sait rien, même si je ne le connais pas personnellement, je dis: merci!

mercredi 24 août 2011

Pour la suppression du "j'aime" de Facebook

En préambule nécessaire, je me dois de préciser que je ne milite pas ici pour rendre illégale cette fonctionnalité qui permet d'ajouter une page net à son profil FB. Une lutte rendue actuelle ces derniers jours par Thilo Weichert, du centre de la protection des données de Schleswig-Holstein, dans le nord de l'Allemagne. Une lutte contre le fait que ladite fonctionnalité collecte des données privées via l'adresse IP, le numéro qui identifie chaque ordinateur sur le web. Une lutte qui trouve ses échos en Suisse.

C'est un bon débat, qui mérite il va sans dire d'être mené. Mais ce n'est pas celui auquel je m'attache ce soir.

Ce qui m'intéresse, c'est l'utilisation du bouton "j'aime" de FB pour réagir à des "posts" mis en ligne par des "amis". Un bouton qui la plupart du temps équivaut à cette citation du "Cyrano de Bergerac": "Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme! On pouvait dire... Oh! Dieu!... bien des choses en somme..." Un bouton devenu archétype de flemmardise. Manquerait plus, pour que le tableau soit complet, que l'on ajoute le "je n'aime pas".

Je trouve que c'est très dommage, parce que FB perd ainsi la potentialité qui aurait pu être la sienne: au-delà du lieu d'un simple partage, un lieu de véritable échange. Que Facebook se réduit la plupart du temps à des posts sans lendemain, à des photos, à des liens, à des "est ami avec", à des "j'aime" de pages et à des "j'aime" de posts.

J'y participe, il serait faux-cul de ma part de prétendre le contraire. Mais il est vrai également que j'espérais plus de ce réseau social, et que je suis déçue.

Déçue aussi de l'influence que ça a sur les blogs. Qui régressent progressivement vers les oubliés de la toile. Et qui, même s'ils sont consultés, ne donnent la plupart du temps lieu à rien - dès le moment où ils ne bénéficient pas du bouton simplifié "j'aime".

Alors bien évidemment que je ne souhaite pas la suppression de quoi que ce soit. Ce que je voudrais, c'est que les participants aux réseaux sociaux et aux blogs s'impliquent en participants actifs. Et non uniquement en spectateurs passifs.

C'est seulement ainsi que le net, sous toutes ses formes, gagnera la crédibilité qu'il mérite.

dimanche 21 août 2011

Football: les poncifs au placard!

J'ai fait mon coming out il y a une trentaine d'années (plus précisément en 1982), donc depuis le temps je devrais être habituée. Un coming out particulièrement délicat: j'aime le football (un aveu presque pénible dans certains milieux, que l'on chuchote quasi en s'excusant, le rouge au front) et, pire que ça, je suis une tifosa de la Juventus et de la Squadra Azzurra.

Je devrais être habituée. Mais non, même après 30 ans, je reste surprise d'entendre systématiquement les mêmes poncifs.

A savoir:

- Le football est l'opium du peuple. Un moyen imaginé par nos machiavéliques autorités pour nous asservir et nous détourner des véritables problèmes. Suit généralement une référence à "panem et circenses". A quoi je réponds (à titre personnel, bien sûr, même si je ne pense pas être la seule) qu'on peut aimer le football ET avoir plusieurs neurones, ainsi qu'un esprit critique. Ce n'est pas parce qu'on va se faire plaisir au stade qu'on en devient pour autant un mouton écervelé.

- Il y a de plus en plus de violences dans les stades et alentour. Le hooliganisme est une réalité, je ne vais pas le nier. Une réalité contre laquelle il faut lutter avec la plus grande fermeté. L'Angleterre a des longueurs d'avance, ayant tiré les justes conclusions après le drame du Heysel en 1985 (finale de Coupe d'Europe des clubs champions, ancêtre de la Champions League, entre Liverpool et la Juve). L'Italie a fini par réagir également, mais des années plus tard. Quant à la Suisse, elle est clairement à la traîne, commençant seulement à se réveiller et à prendre des mesures. Cela dit, sous prétexte que le hooliganisme fait régulièrement les gros titres (vendeurs) des médias, on a tendance à oublier qu'un hooligan n'est pas équivalent à un supporter. Le premier est là pour se battre avec les hooligans de toute équipe adverse, foutre le bordel et faire de la casse. Rien à voir avec un esprit sportif. A noter que ces milieux sont souvent noyautés par l'extrême-droite. Le supporter digne de ce nom, lui, aime son équipe de coeur, certes, mais il aime surtout le football, la stratégie, la tactique, la technique et le fair-play.

- Le foot, ce n'est plus qu'une grosse machine à fric, le sport n'a plus rien à y voir. Là encore, il y a une réalité que je ne vais pas nier. Au niveau de l'UEFA, son président Michel Platini a annoncé des mesures radicales pour assurer ce qu'il nomme le "fair-play financier". En résumé les clubs européens ne pourront plus dépenser plus d'argent qu'ils ne peuvent en générer. Ils devront atteindre cet objectif au plus tard en 2012/2013. Les sanctions prévues vont d'amendes à l'exclusion des Coupes européennes. On aime ou on n'aime pas les méthodes du Français et son combat n'est pas gagné, mais sur ce coup-là je trouve qu'il fait preuve d'une belle détermination pour recadrer les choses, mettre un terme à la dérive actuelle (on ne peut pas en dire autant, hélas, de Sepp Blatter, à la tête de la FIFA. Vivement que Platini le remplace!)

- Le foot italien... Aaahhh... Là les poncifs atteignent des sommets! J'ai l'insigne honneur d'être tifosa de deux équipes que l'on adore détester. Quand je dis que je suis juventina et supportrice de la Squadra Azzurra, je sais d'avance ce que l'on va me sortir: catenaccio, réalisme, minimalisme. Ce qui est amusant, c'est que cela vient la plupart du temps de gens qui n'ont aucune connaissance footballistique et qui se contentent de répéter ce qu'eux-mêmes ont entendu, souvent depuis l'enfance. Du coup je souris, et je hausse les épaules. J'aime suffisamment mes équipes de coeur pour reconnaître quand elles jouent bien et quand elles jouent mal.

En conclusion: j'aime le foot, et si je rougis, c'est de plaisir. Forza Juve, forza Azzurri !



mercredi 17 août 2011

Non à la catholicisation rampante de l'Europe!

N'est-ce pas que ce titre fait bizarre à la lecture? Il est bien sûr volontairement provocateur, mais sur le fond il traduit assez bien ce que je pense.

On dit souvent que "l'Eglise catholique est une secte qui a réussi". C'est faux. C'est même tout le contraire.

Je ne referai pas l'historique (le voudrais-je que je ne le pourrais pas, n'ayant pas les connaissances nécessaires), mais grossièrement résumé je pense que l'on peut avancer que l'Eglise catholique, après ses débuts et un vécu flamboyants, a perdu la bataille lorsque les pouvoirs de l'Eglise et de l'Etat ont été séparés.

Lorsqu'elle a perdu son pouvoir, en l'occurrence. Parce que, ne nous leurrons pas, si le pouvoir de l'Eglise catholique était à l'heure actuelle équivalent à celui qu'elle possédait à son époque de puissance concrètement effective, imposant ses diktats au séculier, il n'y aurait dans notre société de place ni pour les homosexuels, ni pour la contraception, ni pour l'avortement, ni pour les divorces, etc. Et toute personne qui oserait proférer le terme de "laïcité" se verrait taxer d'hérésie, avec le prix à en payer. Il n'y aurait dans notre société de place pour aucune divergence de pensée face à sa pensée unique.

L'Eglise catholique était et reste une dictature, malgré le visage évolutif qu'elle essaie de se donner pour faire bonne figure. Je me souviens d'une enquête que j'avais menée durant mon stage de journalisme, sur l'égalité des droits des homosexuels. Quand j'avais demandé au porte-parole de la Conférence des évêques suisses si l'Eglise catholique ne se devait pas de marcher avec son temps, il m'avait répondu, en substance: "L'Eglise n'a que faire des mouvements séculiers. Elle est au-dessus de ça, ne s'en tenant qu'aux valeurs de Dieu."

L'Eglise catholique est une dictature, qui n'a simplement plus les moyens de ses objectifs. Elle a perdu la bataille du pouvoir. Perd des batailles sur le front de la foi, des vocations en diminution, des scandales de pédophilie.

Elle a perdu des batailles, mais pas la guerre (sainte). Comme toute dictature qui se respecte, elle tente de se redonner les moyens de ses objectifs, en adoptant une stratégie marketing qui colle au plus près des us et coutumes de ce séculier dont elle se prétend détachée.

Dernier exemple en date: les Journées mondiales de la jeunesse, à Madrid. A priori, Benoît XVI, plus théologien intellectuel que communicateur-né, n'est pas l'archétype idéal pour ce genre de raout. Mais le Vatican et son maître, loin d'être naïfs, ont bien compris que l'événement est incontournable. Et donc le pape, alias Joseph Alois Ratzinger, ex-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (anciennement plus connue sous le nom d'Inquisition), fera son show médiatique. Et tant mieux s'il y a diverses protestations, ce sera autant de pris pour la publicité.

Que l'Eglise catholique mène son djihad c'est, ma foi, de bonne guerre. Ce qui me choque, c'est que l'Espagne, un Etat qui se veut laïque, débloque 50 millions d'euros pour financer cette grand-messe, à charge des contribuables, alors que le pays est par ailleurs exsangue financièrement, que l'on exige des citoyens qu'ils se serrent de plus en plus la ceinture au quotidien.

Ce qui me choque, c'est que, malgré la soi-disant séparation des pouvoirs, on offre régulièrement une plateforme médiatique à la dictature de l'Eglise catholique, sous le fallacieux prétexte que notre société européenne est fondée sur des valeurs chrétiennes.

Ce que je conclus: non à une fondamentalisation de l'Europe, quel que soit son extrémisme!

dimanche 14 août 2011

"Le Moine": à rester à mi-chemin, ce film ne va nulle part

Il y a des films que l'on traverse, sans plus, et dont on ressort totalement indemne. "Le Moine" de Dominik Moll est de ceux-là.

Je ne peux pas dire que j'ai détesté, ni même que je me suis ennuyée. Pendant 1h41, j'ai traversé. C'est tout. Et c'est encore beaucoup dire, tant il est difficile de traverser ce qui ne possède aucune substance.

Pourtant, il y aurait eu de quoi faire dans cette adaptation du roman de Matthew G. Lewis. Si Dominik Moll avait osé prendre parti.

Ambrosio (campé par un Vincent Cassel qui ne va pas lui non plus au bout de son propos - mais comment lui en vouloir dès lors que le réalisateur s'égare?) est un moine pur et dur qui tombe dans le péché via le péché ultime, celui d'orgueil. Dans la scène d'ouverture, qui met l'eau à la bouche, il clame haut et fort que "Satan n'a que le pouvoir qu'on veut bien lui donner", provoquant ainsi le Maître du Mal en compétition.

On s'attend à ce que Moll empoigne ce thème à bras-le-corps. Ce n'est pas le cas. Tout soudain il se radoucit, et voilà que notre orgueilleux se transforme en un homme avec des failles, certes, mais sincère. Ce changement d'optique ne serait pas problématique si Moll s'y tenait. Il ne s'y tient pas, livrant au final un film qui ne sait plus sur quel pied danser.

"Le Moine", à force d'hésiter à mi-chemin, ne va nulle part. Et le spectateur, pour ne pas rester au bord de la route, prend les sentiers de la traverse.